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Le Chemin de Fer :   une nécessité   Peaux de beouf arachides, caoutchouc, indigo, colas, dents d’éléphant… et bien d’autres produits recensés par le Moniteur du Sénégal de la fin  du XIX siècle, étaient exportés du Rio-Nunez vers  Dakar et Gorée. La construction d’un chemin de fer dans la future Guinée française devenait nécessaire pour exploiter les richesses du Fouta-Djalon, mais également pour rejoindre plus a l’est, le fleuve Niger, voie de pénétration naturelle du Soudan français. Comme ailleurs en Afrique, il s’agissait de mettre en place des pénétrantes modernes, complémentaires de la navigation fluviale, qui continuait jusqu’alors le principal moyen de transport (avec le portage a tête d’ homme). Comme ailleurs en Afrique, il s’agissait de mettre en place des pénétrantes modernes, complémentaires de la navigation fluviale, qui continuait jusqu’alors le principal moyen de transport (avec le portage a tête d’homme).

La   conférence de Berlin (1884-1885) a accéléré le mouvement en incitant les puissances industrielles a délimiter leur aires d’influence, avant d’établir bientôt des frontières fixes dans des espaces qui paraissaient libres aux yeux de l’administration et des premiers explorateurs européens. Un traité signé ‘souvent par de simples agents de factoreries, avec  un roi influent – parfois un simple chef de village – contre de l’argent (les « gourdes ») et une promesse de rentre ou de  protection était en général la première étape de la conquête (et venait contrarier des accords antérieurs signés par les concurrents.)

Olivier de Sanderval, peut-être pour fonder son entreprise de conquête « privée » du Fouta-Djalon, chercher très tôt a définir un tracé pour son chemin de fer. Celui-ci devait partir de Benty, au sud de Conakry (qui n’existait pas encore en ce début des années 1880), et rejoindre Dubréka grand centre commercial, puis les confluent du Kakoula, du kakriman et du konkouré, point très important  de la conquête puis le Labé – plus précisément les hauteurs du Kahel qu’il avait acquises en toute propriété, avec le droit de frapper  monnaie a son effigie. Il prévoyait la construction d’une gare centrale dans son royaume, ainsi qu’une gare secondaire a Timbo, capitale du Fouta-Djalon théocratique ; le tracé se poursuivait ensuite jusqu’a Kouroussa sur le Niger (le Djoliba : »grand fleuve »). Mais les ambitions du grand explorateur, considérées comme trop « personnelles » par  l’administration coloniale (que Sanderval aimait a définir, en  réaction, comme (l’union d’esprit moyen) furent déçues. En Guinée, le chemin de fer sera construit par la France, aura comme pour le départ la toute nouvelle capitale et son port)., Conakry, et ne rejoindra pas le Kabel.

Le chemin de fer du capitaine Salesses (dont le tracé a été étudié des 1895 et dont la construction a démarré en 1900) passera plus au sud, par Mamou. Ce choix a en comme conséquence, entre autres, de provoquer le déclin de Timbo. (Un arrêté local du 6 septembre 1908 transféra le chef-lieu du cercle de Timbo a Mamou.)

Conakry et le chemin de fer   L’idée du chemin de fer de la Guinée a été conçue vers 1881 – alors que l’Europe développait elle-même son réseau ferré – avec une première reconnaissance du capitaine Brosselard-Faidherbe entre Benty et le bassin du Niger a hauteur de Faranah.

Mais rien n’était gagné d’avance : un chemin de fer coûte cher et il était difficile de prévoir sa rentabilité surtout si elle devait se fonder presque exclusivement sur le commerce du caoutchouc. Dans un rapport de 1903, Ernest Noiret, directeur des Affaires indigènes, attirait l’attention du lieutenant gouverneur de Guinée sur ce problème : Notre prospérité commerciale, appuyée sur le seul trafic de caoutchouc, paraît laisser craindre qu’a un moment donné, ce précieux produit ne s’épuise et que nous n’ayons rien a lui substituer pour alimenter notre chemin de fer. Noirot réfutait le passage de la ligne dans la vallée du Konkouré (tracé de Sanderval). Région jugée trop peu peuplée, et préconisait par contre de faire passer le train au plus près des régions de Timbi et de   Labé, ou l’on pouvait espérer l’appoint de produits réputés pauvres, mais encombrants, comme les arachides, le sésame et même le coton, sans parler du bétail. Le volume des marchandises transportées eut alors peut-être différent, de même l’impact sur le développement de Conakry.

La petite gare de Conakry   L’avenue n°5 a un édifice qui peut surprendre par la modestie de son volume et la simplicité de son architecture, bien que caractéristique de la période coloniale. S’attendait-on a un bâtiment plus grandiose plus prestigieux comme celui de Dakar par exemple ? Question loin d’être anodine, car la construction de la gare de Conakry a donné lieu a bien des débats…

La Guinée Française, tout en voulant réduire au strict minimum ses dépenses était désireuse d’être dotée d’un bâtiment de voyageurs comparable, au point de vue architectural, avec les bâtiments similaires de la ligne Dakar Saint-Louis en particulier les gares de Thiès et de Rufisque dont la construction avait coûté 150 000 franc chacune. IL revient au capitaine Perret de réaliser le projet sous la direction de E-Salesses, devenu directeur du chemin de fer de Conakry : la gare de voyageurs (terminée fin 1903) est dotée d’une marquise qui abrite un quai de quelques mètres de large ; le bâtiment de direction dont l’architecture est typique de l’époque coloniale – a été construit en bordure de la Corniche Nord au-delà des entrepôts ou il est encore visible aujourd’hui. Le personnel européen de l’époque était logé quant a lui dans des pavillons de type « Guyane »). Mais les maisons de la cité du chemin de fer (en face du dépôt actuel d’hydrocarbure) ont toutes été détruites en 1988-1989. Un complexe moderne d’habitations et de commerces est en construction.

Quelques repères :   1881 : premières études pour la construction du chemin de fer en Guinée (partant de Benty).

1895-1896 : premières études pour une ligne Conakry Friguiagbé.

Janvier 1900 : convention entre M. Ballay, gouverneur de la Guinée français et MM. Rey et Goffin, prévoyant la construction et l’exploitation d’un chemin de fer partant de Conakry passant près de Timbo et aboutissant a Kouroussa sur la rive gauche du Niger point d’origine de la navigation fluviale ; La ligne sera a simple voie et l’écartement des rails sera de un metre a l’intérieur des champignons de rails.

1er janvier 1902 : les premiers 40 kilometres de chemin de fer sont terminés (approximativement : Tombo et Kaloum).

Octobre 1903 : fin de la construction de la gare de Conakry.

1903 : décret portant sur l’organisation générale des chemins de fer de Guinée française.

Art. 1 Les chemins de fer construits ou a construire en Guinée française constituent un seul et même réseau dénommé Chemin de fer de la Guinée ;

Fin 1913 : la voie arrive a Kankan (avec deux coupures, sur le Niger et le Niandan).

1913-1918 : le bois remplace le charbon devenu rare pendant la Première  Guerre Mondiale ‘1914-1918).

Le quartier de la gare   A elle seules, les installations de la gare occupent plusieurs lots situés nord de l’île Tombo. Les quais ou la gare voyageurs, sont a cheval sur les lots 33 et 50 ; tandis que les ateliers occupent le lot 62, ce qui contraignit les concepteurs a interrompre l’avenue n°5 et met la gare en perspective pour qui vient du centre-ville. La voie principale de chemin de fer fut prolongée jusqu’au wharf, permettant un débarquement  direct des marchandises de la cale des vapeurs sur les wagons, méthodes devenue la règle dans tous les ports modernes de l’époque.

Bientôt, les entrepôts se multiplient sur les lots voisins en bordure de la Corniche Nord, tandis que la rue n° I, appelée bien vite de la petite vitesse du fait de la circulation des wagons de marchandises accueillait de nombreuses maisons de commerce, dont certaines existent encore (et ont été partiellement reconverties en simples maisons d’habitation). Cette rue, qui aboutit a l’entrée du port, a vu son trafic fortement  augmenter ces dernières années : c’est la seule voie qui permet aux camions transportant les conteneurs ou le  vrac de quitter le port pour rejoindre la route du Niger , puis la Corniche Sud et l’autoroute du Kaloum.

Le  chemin de fer du capitaine Salesses (dont le tracé a été étudié des 1895 et dont la construction a  démarré en 1900) passera plus au sud , par Mamou . Ce choix a eu comme conséquence, entre autres, de provoquer le déclin de Timbo .( un arrêté local du 6 septembre 1908 transféra le chef-lieu du cercle de Timbo a  Mamou )

Sarakolés, Soussous et Français    La construction du chemin de fer et des différentes installations nécessita l’embauche d’une main-d’ouvre  nombreuse essentiellement des Sarakolés, venus du Sénégal payés a l’époque 1,25 F par jour, plus la ration alimentaire (700 g de riz huile, sel,  poisson sec, et viande le dimanche), et des travailleurs soussous, payés 1 F par jour (plus la ration).

Le travail était dur. Une lettre du Chemin de fer en date du 6 juillet 1901, rapporte un incident survenu le 8 juin entre cent soixante-dix Sarakolés qui revendiquerait auprès de leurs chefs, MM. Coudert et Auchair, le paiement d’une partie de leurs salaires : ils travaillaient depuis le 20 mars… Tous ces hommes hurlèrent, nous invectivèrent  lancèrent des pierres ; s’ils ne nous avaient pas su armés et bien  munis de cartouches, ils nous auraient massacrés.

Le Rapport annuel sur le chemin de fer de Guinée de 1900 décrit des conditions difficiles : l’hivernage qui a été plus violent que d’ordinaire était dans son plein ; les maladies s’abattaient sur les Blancs et les Noirs, M. Gustave Mairesse  (l’un des deux entrepreneurs arrivés dans la colonie en 1900 et  chargés des travaux sur Tombo et les premiers kilomètres du Kaloum) fut frappé d’une dysenterie compliquée d’une affection cardiaque avant d’être  enlevé le 17 juillet 1900, après sept jours de maladie.

L’histoire de l’époque du chemin de fer guinéen reste a écrire.

Seule la sirène des trains de bauxite et d’alumine   Le Chemin de fer Conakry-Kankan ne transporte plus ni marchandises, ni voyageurs. Il fut abandonné progressivement jusqu’a 1986,. La pénurie en pièces de rechange en devises, le coût de l’entretien, l’impossible  rénovation de l’ensemble de la ligne, et d’autres facteurs, expliquent la fin du Conakry-Niger. Aujourd’hui seule retentit la forte sirène des trains de bauxite et d’alumine qui utilisent (le long du littoral Nord, a Tombo), pour rejoindre les quais minéraliers de l’O.B.K. et de Friguia.

kemokocondedr@yahoo.fr